De la houe aux cahiers : Le nouveau départ d’Amsath
À Sinanwarou, un village de la commune de Péhunco, dans le département de l’Atacora, la rentrée scolaire n’a pas la même signification pour toutes les familles.
Alors que certaines se préparent avec des listes de fournitures, des uniformes et des cahiers neufs, d’autres sont confrontées à ce qu’il faut d’abord sacrifier pour permettre à leur enfant de rester à l’école.
Chez les parents d’Amsath, la question s’est longtemps posée en ces termes. Les revenus de la famille sont faibles. Trop faibles pour faire face à toutes les dépenses du quotidien. Alors, lorsque les charges liées à la scolarité se sont accumulées, une décision douloureuse s’est imposée : Amsath devait quitter l’école pour aller aider ses parents aux champs. Une trajectoire presque écrite.
Comme beaucoup de filles confrontées à la pauvreté, elle risquait de voir ses études s’arrêter au moment même où de nouvelles perspectives commençaient à s’ouvrir devant elle. Elle vient de réussir son examen du Certificat d’études primaires et s’apprête à entrer au collège.
Une aide qui change une décision
Durant les vacances, Amsath a aidé ses parents dans les activités champêtres et quelques activités génératrices de revenus pour subvenir aux dépenses quotidiennes. Mais, à la veille de la reprise, son avenir à l’école reste hypothétique. Son salut viendra des transferts monétaires destinés à soutenir le maintien des filles à l’école.
Au Bénin, le programme Faaba Cash+Care, mis en œuvre par le Gouvernement avec l’appui de ses partenaires, a été conçu précisément pour agir sur les obstacles qui éloignent les filles de l’école : pauvreté, normes sociales et risques de mariage précoce. Le volet « Cash » prévoit des transferts destinés aux filles de 9 à 15 ans scolarisées dans les écoles primaires et les collèges publics des zones d’intervention, en leur apportant un soutien financier régulier pour alléger les charges scolaires.
Pour la famille d’Amsath, cette aide ne représente pas simplement une somme d’argent. Elle signifie surtout que la scolarité de leur fille peut continuer.
Et pour Amsath, cette rentrée est particulière : elle entre en classe de 6ᵉ. Un passage symbolique, mais surtout une étape qu’elle aurait pu ne jamais franchir.
Quand quelques milliers de francs peuvent retenir une fille à l’école
Dans les familles les plus vulnérables, une aide financière peut faire basculer une décision. Payer une dépense scolaire, acheter quelques fournitures, faire face à une urgence familiale : autant de charges qui peuvent, sans accompagnement, transformer l’école en luxe inaccessible. D’autant que le dispositif prévoit des versements de 16 350 FCFA par tranche aux filles bénéficiaires.
À Liboussou, arrondissement de la commune de Ségbana, situé dans le département de l’Alibori, au nord du Bénin, par exemple, une directrice d’école rapportait qu’en 2025, son établissement comptait 129 filles bénéficiaires et constatait un effet sur leur maintien et leurs résultats scolaires.
Et c’est précisément à ce moment qu’Amsath franchit aujourd’hui une nouvelle porte. La classe de 6ᵉ n’est donc pas seulement une nouvelle classe. Elle représente la continuité d’un parcours que la précarité familiale aurait pu interrompre.
Son rêve, elle pourra le poursuivre. D’autant que, depuis la rentrée 2026-2027, les filles bénéficient de la gratuité des frais de scolarité dans l’enseignement secondaire général et technique public, sur toute l’étendue du territoire national. Une décision du Président Romuald Wadagni, qui vient compléter les dispositifs déjà consacrés à la gratuité de l’enseignement maternel et primaire public.
Autrement dit, pour des familles comme celle d’Amsath, plusieurs barrières commencent à être levées : les frais de scolarité, une partie des dépenses de fournitures et, pour les filles vulnérables ciblées, un soutien financier direct aux ménages.
À Sinanwarou, Amsath aurait pu être dans un champ, au lieu d’être en classe. Elle aurait pu être l’une de ces filles dont le parcours scolaire s’interrompt trop tôt. Mais elle sera finalement en 6ᵉ.