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Restitution de 35 biens culturels au Bénin : Coffi Joël Accalogoun plaide pour un tourisme de mémoire au service des territoires

Le retour envisagé de 35 biens culturels conservés en France ouvre de nouvelles perspectives pour la valorisation de l’histoire béninoise et le développement touristique.

Coffi Joël Accalogoun, tourismologue
Coffi Joël Accalogoun, tourismologue

Après la restitution de 26 trésors royaux en novembre 2021, le Bénin a engagé une nouvelle étape avec une demande portant sur 35 biens culturels et des archives conservés dans les collections publiques françaises. La requête a notamment été remise au centre des échanges entre les présidents béninois Romuald Wadagni et français Emmanuel Macron, le 5 octobre 2026, à Paris.

Pour Coffi Joël Accalogoun, tourismologue et maître-assistant CAMES en sciences du tourisme, cette démarche dépasse la seule récupération matérielle des œuvres. Elle participe à la réappropriation de l’histoire nationale, à la transmission de la mémoire collective et à la construction d’une offre touristique fondée sur les particularités culturelles du pays.

L’universitaire y voit d’abord un signe de continuité dans la politique patrimoniale engagée par les autorités béninoises. Après la demande formulée en 2016 et le retour des 26 œuvres en 2021, la nouvelle requête traduit, selon lui, la volonté d’inscrire les restitutions dans une dynamique durable.

Au-delà de cette continuité, il insiste sur la dimension mémorielle du processus. Le retour des objets doit permettre aux générations actuelles de découvrir une partie de leur histoire à travers les lieux de conservation et de transmission du patrimoine national, plutôt que de devoir systématiquement se rendre dans les institutions étrangères qui les abritent.

Des trésors historiques à la construction d’une offre touristique

Parmi les biens concernés figurent des pièces emblématiques de l’histoire du Bénin, notamment la statue du dieu Gou, le trône du roi Toffa de Porto-Novo et un plateau de divination associé au patrimoine religieux et culturel. La liste sollicitée comprend également d’autres objets liés aux royaumes et aux traditions du territoire béninois. Leur restitution reste soumise à l’examen du dossier par les autorités françaises et au processus scientifique engagé entre les deux pays.

Pour Coffi Joël Accalogoun, ces objets peuvent contribuer à raconter les différentes composantes de l’histoire nationale. Il évoque notamment le royaume du Danxomè, le royaume de Hogbonou, correspondant à l’actuelle Porto-Novo, et le royaume de Kétou, dont les vestiges et les traditions constituent des repères importants pour comprendre les héritages historiques et culturels du sud du Bénin.

Le spécialiste estime que la valorisation de ces biens doit s’appuyer sur une articulation entre histoire, culture et tourisme. Il défend ainsi l’idée d’un parcours de découverte reliant plusieurs territoires, avec des expériences adaptées à leurs ressources patrimoniales respectives.

Dans cette perspective, les musées occupent une place centrale. Ils ne doivent pas seulement servir de lieux d’exposition, mais aussi devenir des espaces d’interprétation, d’apprentissage et de transmission. Les restitutions pourraient ainsi renforcer l’attractivité des institutions muséales et favoriser la création de circuits reliant les collections aux sites historiques, aux traditions et aux manifestations culturelles.

Des itinéraires touristiques pensés pour les territoires

L’autre défi concerne les retombées économiques de cette politique patrimoniale. Pour le tourismologue, le retour des œuvres ne suffira pas, à lui seul, à produire un développement touristique durable. Encore faut-il concevoir des produits attractifs, structurer les circuits et donner à chaque destination une identité propre.

Il préconise notamment une mise en cohérence des offres touristiques d’Ouidah, d’Abomey, de Porto-Novo et de Kétou. Chaque ville devrait pouvoir s’appuyer sur ses ressources historiques et culturelles pour développer une proposition identifiable, complémentaire de celles des autres destinations.

À Porto-Novo, le trône royal pourrait contribuer à enrichir une offre articulant patrimoine, musées et manifestations culturelles. À Ouidah, les ressources liées à l’histoire, à la mémoire et aux traditions du Vodun pourraient être davantage mises en relation. À Abomey, la valorisation des palais et des collections royales pourrait être complétée par des propositions événementielles. À Kétou, les portes royales et les héritages historiques associés pourraient servir de point de départ à une offre touristique mieux structurée.

L’objectif, souligne-t-il, est d’éviter que les différentes destinations se ressemblent au point de devenir interchangeables. Chacune doit pouvoir développer une identité distinctive, tout en s’inscrivant dans un itinéraire national cohérent.

Cette approche suppose également de mobiliser les compétences locales. Coffi Joël Accalogoun appelle à accorder une place plus importante aux chercheurs, aux spécialistes du patrimoine, aux professionnels du tourisme et aux communautés détentrices des savoirs historiques et culturels. Pour lui, la connaissance approfondie des territoires est indispensable à la conception de produits touristiques pertinents.

Au-delà de la restitution, le défi est donc celui de la transformation du patrimoine en ressource culturelle, éducative et économique. La réussite de cette ambition dépendra de la capacité à relier les œuvres aux territoires, à transmettre leur histoire et à faire participer les populations locales aux activités générées.

Pour le Bénin, les restitutions constituent ainsi une occasion de renforcer son récit historique et de consolider son positionnement touristique. Mais, comme le rappelle le spécialiste, le travail reste à faire pour que ces trésors retrouvés deviennent aussi des leviers de développement au bénéfice des destinations et de leurs habitants.